Myrmécophagie : une longue langue qui colle

On trouve des fourmis et termites sur tous les continents du monde, si ce n’est en Antarctique. Il n’est donc pas très étonnant de trouver plusieurs animaux qui se sont spécialisés dans la prédation des fourmis et termites, qu’on appelle myrmécophagie. On trouve par exemple des myrmécophages chez les mammifères, les reptiles ou les oiseaux, ce qui en fait un exemple frappant d’évolution convergente. La convergence des régimes alimentaires s’accompagne de convergences morphologiques. Par exemple, le lézard moloch, qui vit en Australie, ressemble fort au lézard à cornes qui vit en Amérique du Nord. Le lézard moloch est devenu myrmécophage il y a une petite vingtaine de millions d’années semble-t-il. Chez les mammifères, outre les fourmiliers qui vivent en Amérique du Sud et sont devenus myrmécophages il y a environ 40 millions d’années, les pangolins d’Afrique et d’Asie du sud-est sont aussi myrmécophages, et certaines espèces de hyènes sont également devenues myrmécophages… Dans tous ces cas, la dentition s’est fortement réduite, et la langue est devenue longue et collante, ce qui permet d’attraper les insectes de façon très efficace ! Une équipe de chercheurs de Montpellier a d’ailleurs décidé de se consacrer à l’étude de ces mammifères myrmécophages dans le cadre du projet ERC ConvergeAnt.

 

 

Syndrome troglomorphique : quand les yeux ne servent plus à rien

De nombreux êtres vivants ont colonisé les rivières et lacs souterrains. Ici nous avons choisi l’exemple d’un crustacé, le cloporte aquatique ou proaselle, et d’un poisson mexicain, l’Astyanax. Dans leurs deux lignées, la conquête des milieux souterrains a eu lieu plusieurs fois au cours de l’évolution, par différentes populations d’animaux qui vivaient auparavant en surface. Chez les Crustacés proaselles, certaines populations d’animaux ont conquis le milieu souterrain il y a plus de 50 millions d’années, et d’autres l’ont fait il y a quelques milliers d’années seulement. Chez les poissons Astyanax, les colonisations apparaissent plus récentes, au plus quelques millions d’années. Dans tous ces cas, la colonisation des milieux souterrains s’accompagne de nombreux changements morphologiques et physiologiques, qui ont été regroupés sous le nom de “syndrome troglomorphique”. Ces changements incluent perte de pigmentation, de la vue, augmentation des antennes ou du sens de l’odorat. Ces animaux vivent aussi “plus lentement”, et donc plus longtemps ! En effet, leur activité métabolique est diminuée, ce qui permet probablement de vivre dans un milieu souterrain pauvre en nutriments… Ces changements spectaculaires intéressent beaucoup les chercheurs. Par exemple, en 2018, des scientifiques américains et français ont cherché à comprendre comment le poisson Astyanax cavernicole en est venu à dormir beaucoup moins que son congénère de surface, comme décrit sur ce post de blog. Plus près de nous, à Lyon, les chercheurs du LEHNA travaillent sur les crustacés proaselles, et font régulièrement de la spéléologie pour aller étudier ces animaux ! Des chercheurs du LBBE collaborent avec eux, notamment au travers du projet ANR Convergenomix.

Echolocation : voir par les oreilles

Certaines chauve-souris et certains cétacés (baleines et dauphins) peuvent se repérer dans l’espace ou détecter leurs proies à partir de l’écho de leurs propres émissions sonores; on parle d’écholocation ou écholocalisation. Le sonar, inventé plus récemment par l’espèce humaine et utilisé à bord des navires sous-marins, fonctionne selon le même principe.  Les chauves-souris insectivores et celles qui se nourrissent de sang (par exemple sur le bétail) utilisent notamment le sonar lorsqu’elles chassent de nuit, lorsque la visibilité est limitée. Elles émettent un son très aigü en utilisant leur appareil vocal, et analysent les échos qui leur reviennent pour « voir » par les oreilles ! Selon une étude récente, des chauve-souris frugivores pourraient également pratiquer l’écholocation, mais de façon plus rudimentaire, et avec moins de précision. Ces dernières utiliseraient le son produit par leurs ailes plutôt que par leur larynx, ce qui leur permettrait de détecter de grandes surfaces, mais pas de petits objets, et certainement pas de petits insectes volants. On ne sait pas si l’ancêtre de toutes les chauves-souris, qui vivait il y a environ 50 millions d’années, pouvait déjà pratiquer l’écholocation; mais on peut imaginer qu’il procédait peut-être comme les chauve-souris frugivores.

Chez les baleines, ce sont les baleines à dents (odontoceti) qui peuvent utiliser l’écholocation, au contraire des baleines à phanères (parmi lesquelles on trouve les plus grosses, qui mangent notamment du krill). On pense que l’écholocation est apparue chez l’ancêtre de cette lignée, qui vivait il y a un peu plus de 20 millions d’années. Cette capacité aurait été utile dans les milieux turbides, où la lumière passe mal, ou bien dans les profondeurs océaniques, où là aussi la lumière vient à manquer.

D’autres animaux semblent pratiquer l’écholocation, notamment des oiseaux, comme ces hirondelles vivant dans des grottes, sur l’île de la Réunion.