Soin paternel : de rares papa poules

Dans la plupart des espèces animales, les parents ne s’occupent pas de leur descendance après la ponte: le soin parental est plutôt l’exception. Et le soin paternel, assuré par le papa, est encore plus rare ! Cependant, chez les oiseaux par exemple, dans la plupart des espèces, le père et la mère s’occupent tous les deux des petits. Dans certains cas, comme chez les manchots qui vivent dans l’hémisphère sud, le père peut faire preuve de beaucoup de dévouement dans le soin apporté à ses petits, y compris jeûner pendant de longues durées. Chez les poissons, la diversité des comportements de soin des petits est grande. Chez les hippocampes les pères ont une poche dans laquelle la mère pond ses oeufs, et dans laquelle les oeufs finissent de se développer. Dans certains cas cette poche fournit même des nutriments aux petits. Ce soin paternel développé est apparu chez l’ancêtre commun des syngnathidés, un groupe de poissons aux formes très variées qui inclut notamment les hippocampes. Chez tous les syngnathidés, le père s’implique dans le devenir de sa descendance, ce qui ne semble pas être le cas des espèces proches des syngnathidés. On pense que cette caractéristique des syngnathidés est apparue il y a environ 40 millions d’années. Voici encore un exemple de convergence évolutive!

 

Dans les cas extrêmes qui défient la règle générale, comme celui de l’hippocampe, on parle d’une “inversion des rôles sexuels”, qui s’accompagne de nombreux changements comportementaux. En effet, selon la théorie de la sélection sexuelle, le degré d’investissement de chaque sexe dans le soin aux petits détermine la direction de l’évolution des comportements sexuels. Ainsi, dans la plupart des espèces, les femelles investissent beaucoup plus d’énergie que les mâles dans chaque descendant. La sélection naturelle favorise par conséquent des comportements chez ces femelles qui maximisent la “qualité” plutôt que la “quantité” de leurs descendants. En particulier, les femelles ont tendance à choisir soigneusement le père de leur précieuse progéniture. Au contraire, si les mâles investissent peu d’énergie dans chaque descendant, la sélection naturelle favorise des comportements des mâles qui maximisent le nombre de descendants, plutôt que leur qualité. Il s’agit par exemple de plaire le plus possible aux femelles, en arborant des couleurs vives (en signe de bonne santé) ou de combattre les autres mâles, pour éliminer les compétiteurs. En d’autres termes, dans les espèces où les mâles ne prennent pas soin des petits, la stratégie sélectionnée est plutôt de féconder le plus de femelles possible, et le choix du partenaire n’est pas une priorité. Cette théorie explique pourquoi, dans de nombreuses espèces, les femelles choisissent soigneusement leur partenaire, alors que les mâles font les beaux (comme chez le paon) ou les costauds (comme chez les cerfs, ou les éléphants de mer). Les cas particuliers de l’hippocampe et du manchot viennent renforcer cette théorie, car quand le degré d’investissement parentale des mâles et des femelles change, leur comportement sexuel évolue en conséquence !